L'escabelle

10 avril 2017

The lost city of Z

Attention, spoilers en chaîne...

La Cité perdue de Z, de James Gray, pourrait passer pour un biopic sur le major Percy Fawcett, raconté d'une manière plutôt chronologique et linéaire. Presque sage, si on ne fait pas attention aux grains d'excès qui tout à coup enraient un mécanisme bien huilé et lancent les rouages dans un dérapage incontrôlé. La scène d'ouverture avec sa chasse à courre rituélisée donne le ton : le major choisit de fausser compagnie au groupe et coupant à travers bois, se donne de tout son élan dans l'action, tue le cerf et gagne son pari... avec lui-même - car il avait une idée en tête. Ce que j'ai fini par ressentir, c'est que les faits objectifs ne sont pas réellement le sujet du film. Plutôt qu'une biographie, The lost city of Z étudie l'imaginaire et comment les représentations intérieures poussent les êtres humains.

C'est pour racheter son nom que le major va partir en Amazonie cartographier un fleuve jusqu'à sa source. C'est pour défendre l'image d'une civilisation perdue qu'il y retourne ensuite. Tout ce temps, les dialogues ou ses réflexions dressent devant ses yeux le bonheur conjugal ou le devoir paternel qu'il a laissées derrière, et l'interrogent sur lui-même et ses ambitions, rêves, chimères... La société savante qui l'envoie remet aussi en question ce qu'il a vu, ou cru voir: ces traces d'une civilisation inconnue, un délire d'esprit épuisé? Et quand il est sur place, on se prend à regretter l'absence de téléphone portable ou autre appareil photo pour accréditer les images. Ce qu'il a dans l'esprit a pour le héros autant de réalité que ce qui l'entoure. Et quoi dire sur les arguments qu'il oppose à sa femme qui voudrait l'accompagner en Amazonie? Il faut un entraînement militaire, une forme physique sans faille... Mais il emmène Murray, ventripotent et essoufflé, qui ne pourra pas suivre le rythme de l'expédition.

"Quel sorte d'homme suis-je donc pour abandonner la femme qui m'aime et mes enfants afin de cartographier un fleuve..?" murmure-t-il après avoir échappé aux sagaies et aux piranhas. La sorte d'homme qui s'oublie lui-même et les autres parce qu'il est tout entier tiré ailleurs et plus loin. "A man's reach should exceed his grasp,/Or what's a heaven for?” murmure le major à son fils, une citation de Robert Browning (Andrea Del Sarto). Son épouse vit de même, qui finit par se convaincre de l'encourager dans sa quête. Tout comme nous tous, dont les choix sont souvent dictés par des impératifs qui nous gouvernent et nous échappent. A chacun la charge de la preuve, et pour ce film, dans une humilité et un doute émouvants.

La dernière partie est spécifiquement intéressante, rétrospectivement, puisqu'elle est toute imaginaire, justement : les explorateurs n'étant jamais revenus de la troisième expédition, c'est le réalisateur ou peut-être l'auteur de l'ouvrage-source qui ont tout inventé - un exemple où la fiction dépasse le réel pour transcender la singularité des péripéties en humanité frémissante.

Les acteurs sont excellents, Charlie Hunnam, Sienna Miller notamment, et le film ne se transforme ni en blockbuster, ni en épopée de démence et démesure à la Herzog, restant toujours plutôt poignant, juste, retenu.

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07 avril 2017

Demain , et autres portes à ouvrir

Autour de moi, Demain, le film de Cyril Dion et Mélanie Laurent, a suscité engouement et intérêt, pour ses idées, bien entendu, mais également son énergie et son enthousiasme communicatif. Pas de misérabilisme, pas de hantises à cauchemarder, mais des solutions, des idées, des exemples.

Plusieurs grandes parties, essentiellement : côté agriculture, se ré-approprier la production de la nourriture en local, ou circuit court ; côté énergie, avoir recours à des solutions alternatives aux énergies fossiles: côté économie, se libérer de la globalisation en réintroduisant les circuits commerciaux resserrés sur la région et en se créant des monnaies locales; côté démocratie, développement d'une démarche participative et de la démocratie directe; côté éducation, pédagogie respectueuse des individus et des responsabilités sociétales à véhiculer. 

Un film très frais, généreux et qui donne envie. J'y ai appris par exemple que certains économistes estiment que les banquent créent de l'argent par leur activité de prêt. Il a tout de même fallu que je me renseigne par ailleurs pour comprendre un peu mieux. Voici : on a tendance à dire que si A dépose de l'argent à la banque, et B emprunte la somme pour s'acheter une maison, eh bien l'argent de A passe à B, puis revient à A avec le remboursement de B, moyennant commission pour la banque (qui en tire une partie de ses revenus). Mais en fait dans la vraie vie, il se peut très bien que A décide de dépenser son argent en même temps... Et là, par jeu d'écriture avec les revenus de C et D, par exemple, effectivement la banque aura les liquidités suffisantes pour le lui permettre. Ce qui fait qu'artificellement, la banque permet à cette somme d'argent d'acheter deux fois plus de biens de consommation que si elle restait dans la bourse d'un seul. A vrai dire, je ne sais pas trop ce qu'il faut en déduire, mais ce coup de baguette magique m'impressionne assez..

D'autres aspects du film m'ont moins plu, comme par exemple l'insistance d'organiser la production agricole dans les faubourgs des villes, au lieu de consacrer des hectares saturés de pesticides à de l'agriculture intensive. L'idée paraît simple, mais les sols urbains sont tellement pollués aux métaux lourds que les céréales sont en réalité corrompues. Quant aux militants qui s'y investissent, ce sont des docteurs en biophysique ou autres scientifiques passionnés, pas vraiment des citoyens ordinaires. Le pire pour moi est cependant le retour protectionniste aux espaces clos, monnaie locale et autres circuits d'artisans et producteurs du cru, comme si la communauté proche devenait une valeur refuge. J'ai connu cela enfant - familles en clientèle captive des commerçants du coin, qu'il ne faut surtout pas contrarier sous peine de disette ou autres machines mal dépannées parce qu'on est "mal vu". En plus, ce genre de projet se retrouve dans le programme de certains partis que je ne recommanderais pas... 

Mais bon, food for thought, comme disent les Anglo-saxons, une base de réflexion très stimulante...

 

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28 mars 2017

Comment voter aux présidentielles ? Une minute en direct du café du commerce

Je m'aperçois en discutant autour de moi que certains de mes amis y réfléchissent réellement. Véranne, fais un effort - la vraie vie ne se résume pas à "est-ce que j'ai un nouvel épisode de Homeland à regarder ce soir?". OK, je me lance.

Puisque nous nous plaignons que la finance mondiale gouverne le monde, autant élire quelqu'un qui connaît la banque et saura faire dialoguer flux de capitaux et politique nationale ?  Vous voyez qui, mais on me dit qu'il est surtout énarque avant d'être banquier :) ou :( dans le fond, je ne sais pas.

Il doit être bon, quand même, à en juger par sa déclaration de patrimoine d'environ 200 000 € alors qu'il a gagné 3.3 millions € chez Rothschild (c'est passé où? Les îles Caïman? Des prêts à Fillon?) Ou alors il est très dépensier  -  mm... pas bon signe, ça. Il invoque les impôts et les cotisations sociales pour justifier la thune évanescente - ma doué, mais pourquoi on s'décarcasse, quand même...

Semaine après semaine, le Canard nous révèle les turpitudes d'un autre candidat à la présidence. Sa ligne de défense est qu'il s'agit d'un complot et qu'il peut tout expliquer (c'est-à-dire qu'il peut expliquer les costumes, les prêts sans intérêt remboursés mais juste quand ils sont révélés, et l'exploitation des vides juridiques). "Droit dans ses bottes", après Juppé en 1995 qui expliquait ses conditions de logement assez enviables (et celles de son fils par la même occasion, avec son petit appartement de 80 m2), c'est maintenant au tour de Fillon. Rien de nouveau sous le soleil, on renvoie tout le monde dos à dos, et n'en parlons plus. D'ailleurs moi-même au bureau, il m'arrive bien de me dépanner d'un stylo que je glisse ensuite dans mon sac - c'est pas de l'abus de bien social, ça?

Hamon, il a l'air plutôt clean non.. ? Mais son idée de revenu universel, qui augmente la dette (je cause technique, là) L'argent arrive d'où? De nouveaux emprunts? En tout cas il faut lui reconnaitre que ce droit affiché à un revenu pose clairement un programme de gauche, au moins. C'est sûrement pour ça qu'il a été choisi aux primaires - mais pourquoi se retrouve-t-il tout seul, maintenant?

Et d'ailleurs pourquoi ce n'est pas Valls qui est sorti des urnes, alors qu'il a fait le job pendant 2 ans et demi avec d'excellents taux de popularité à l'époque? 

Sincèrement, je n'arrive pas à suivre.

Juste, mon sentiment, c'est que la politique "clivante", qui oppose les classes sociales les unes aux autres, ne pose plus les bonnes problématiques.  Des écarts de revenus, bien sûr il y en a - mais pour les soins, l'éducation, les biens de consommation , la circulation des personnes et des idées, les aides sociales, on est dans un tout autre univers qu'au XIXème ou début XXème siècle. La ségrégation, les problématiques de choix de société aujourd'hui se jouent entre les hémisphères, les couleurs de peau, le genre, les religions... Les cadres sup ne trouvent plus leur carte de visite dans la corbeille de naissance, ce sont plutôt eux qui souffrent de burn-out et de suicides en proie aux injonctions contradictoires de produire plus et plus vite avec moins de moyens - et ce sont eux qui sont joignables/joints 7/24 grâce aux smartphones et internet.

Mais bon, aux primaires, Hamon a été choisi très à gauche, Fillon très à droite - donc je ne suis pas dans le coup, clairement.

Il y a justement l'épisode 10 de Homeland ce soir - ça tombe bien.

 

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11 mars 2017

Post vérité...

Post-truth : adjectif se rapportant à ou caractérisant des circonstances dans lesquelles les faits objectifs influencent moins l’opinion publique que des appels aux émotions et aux convictions personnelles (Trad from Oxford Dictionaries)

Peu importe le vin pourvu qu'on ait le flacon : l'ivresse suivra. Jetons les bébés avec l'eau des bains, ça a quand même plus de gueule...

Le Brexit l'a emporté parce que les électeurs ont vraiment cru que le Royaune Uni économiserait 300 millions de livres sterling par semaine. Quand les journalistes ont observé moins de monde au discours d'investiture de Trump que pour ses prédécesseurs, ils se sont fait étriller par la conseillère en communication du président. Quant au porte-parole de la Maison Blanche, il a prétendu que la pluie avait cessé de tomber quand Trump prononçait son discours. Les parapluies ouverts n'étaient bien entendu que preuve supplémentaire des complots ourdis contre lui. Bientôt, on lui attribuera le pouvoir de guérison des écrouelles (au vu des réformes prévues de la couverture-maladie, ce serait d'ailleurs très opportun).

Ce jeu avec la vérité n'est pas nouveau, non plus que les rapports passionnels entre réalité et vérité. Mais on avait quand même pris l'habitude de prendre appui sur des faits objectifs et partagés pour réfléchir. On avait aussi adopté une certaine logique cartésienne. Par exemple quelqu'un qui annonce qu'il démissionne en cas de mise en examen est censé démissionner quand 5 semaines plus tard (pas 5 ans ni même 5 mois) il est mis en examen. Ou encore quelqu'un qui réfute occuper une certaine fonction ne devrait pas porter plainte quand on s'étonne qu'il ait reçu le salaire dû pour cette fonction. 

On pensait aussi que le public était capable de rectifier si une information fausse était démentie chiifres à l'appui: or les économies supposées de 300 millions de livres sterling faux avancées par les pro-Brexit en Grande Bretagne ont été contestés, battus en brèche, et prouvés faux. Mais à une semaine du scrutin, presque 50% des électeurs y croyaient dur comme fer... 

C'est une vraie mutation qui se confirme, peut-être, quand le public préfère suivre son opinion et ses opinions..  Hannah Arendt avait déjà tiré la sonnette d'alarme:

 « Le résultat d’une substitution cohérente et totale de mensonges à la vérité de fait n’est pas que les mensonges seront maintenant acceptés comme vérité, ni que la vérité sera diffamée comme mensonge, mais que le sens par lequel nous nous orientons dans le monde réel – et la catégorie de la vérité relativement à la fausseté compte parmi les moyens mentaux de cette fin – se trouve détruit. »

— Hannah Arendt, "Vérité et politique", in La crise de la culture, 1964

Bye bye Descartes, éteignons les Lumières. Mais maintenant que tout le monde a le droit de vote, comment fait-on...?

 

 

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02 mars 2017

Je n'ai pas envier d'aller à l'enterrement

Elle est un corps, exactement comme moi. Mais il n'y a plus de vie en elle. Quand je la regarde, c'est exactement comme si quelqu'un me regarde moi, un humain face à un autre humain. Mais elle, elle est morte.

Elle est dans une boîte. Elle est dedans, on ne la voit pas. 

Et puis je n'ai pas envie de penser à ces longues semaines , des mois, même, où elle a décliné malgré sa combativité et les traitements. Je préfererais penser à autre chose, franchement.

Je regardais une photo d'elle, rieuse. C'est ainsi que je voudrais la garder.

Je voudrais qu'elle ne soit pas morte.

J'ai le sentiment que si je ne vais pas à son enterrement, elle ne sera pas morte, justement. Je pourrai continuer à penser à elle comme si elle était toujours là.

Rester en dehors de ces gestes énigmatiques, secouer tout cela d'un coup de tête , que la vie triomphe  - non, elle n'est pas morte ! D'ailleurs d'un coup d'oeil je la crée devant moi, je raconte une bêtise, elle rit. Et puis l'amour est plus fort que la mort, non?

Mais demain je verrai les autres, je lirai dans leurs yeux. On aura envie de pleurer.

Si. Il faut bien aller lui dire au revoir, en se tenant très fort la main, nous tous ensemble.

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16 juin 2016

Paroles d'étudiant

Commentaire à l'issue d'une enquête d'évaluation concernant une journée de formation:

"Je ne suis pas "satisfait" parce que de toute manière, cette formation était obligatoire."

Commentaire suite à une activité obligatoire dans le cadre du cursus:

"Cette activité a été l'occasion de découvrir quelque chose de différent, de sortir du quotidien, et surtout d'oser le faire puisqu'on y est contraint".

Deux activités obligatoires, et deux postures bien différentes... Blocage, ou perception d'une opportunité..

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14 juin 2016

Labyrinthes et autres cheminements

« C’est souvent par les marges qu’on accède au centre » (Jean-Rémi Lapaire)

http://climas.u-bordeaux3.fr/membres/54-lapaire-jean-remi-professeur-linguistique-anglaise

http://www.cahiers-pedagogiques.com/La-grammaire-anglaise-ca-bouge

 

 

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24 mai 2016

Réflexion du jour sur le silence

Tourner sept fois sa langue dans sa bouche pour dire le moins de bêtises possible, précaution que l'on me serinait quand j'étais petite. Les enfants d'aujourd'hui la subissent-ils encore? Peut-être (pas).

J'ai longtemps pensé qu'il s'agissait de dire quelque chose de juste, de vrai - répondre à la question posée, apporter un élément factuel, objectif, exploitable pour éclairer le débat, et même, dire des choses intelligentes (si si).

Mais au fond, dans le domaine professionnel en tout cas, je finis par changer de point de vue. Dire quelque chose d'exact, de précis, d'informé n'apporte pas forcément grand-chose au débat: souvent les décisions sont tellement liées à des enjeux de pouvoir que les éléments objectifs pèsent assez peu. En tout cas ils sont vite oubliés. En revanche, en servant la vérité toute crue sous le nez des collègues, on risque juste d'indisposer certains: la précision des chiffres pointe une erreur ou un oubli, une description plus objective contrevient à la gestion orientée du groupe, se comporter en "sachant" suscite l'agacement.

Prendre confiance en soi, c'est bien - mais pas pour y puiser le courage de donner son point de vue. Plutôt pour avoir celui de ne pas jouer les bonnes élèves et autres madame-réponse-à-tout. Il faut en effet une certaine dose de force intérieure pour laisser glisser le regard des autres sur soi au risque de ne pas sembler à la hauteur, se contenter d'espérer que le travail bien fait portera ses propres fruits, et finalement, grâce à sa discrétion, éviter les bâtons dans les roues.

OK, résolution prise!!

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15 mai 2016

Capitulation et déchéance

Entendue sur France Inter hier matin, une interview d'Alain Guiraudie à propos de Rester vertical, son film en compétition au festival de Cannes. On lui parle de déchéance de son personnage, il précise qu'en tout cas il n'y a pas capitulation.

D'après ATLF, "capituler", c'était au départ "Convenir d'un accord, entrer en accommodement, négocier. Capituler avec qqn ", citation de 1839 à l'appui - ce dont je n'avais pas la moindre idée. Dans le domaine militaire, acception vieillie:"engager des pourparlers sur des conditions de reddition", et plutôt maintenant "Renoncer à toute résistance armée en s'avouant vaincu.", voire, au sens métaphorique,  "Abandonner, devant la force ou par raison, une attitude, une opinion intransigeantes. " On garde un peu l'idée d'aboutir aux négociations... Personnellement, je pensais qu'il y avait uniquement du drapeau blanc dans la capitulation: on est battu à plate coûture, on est à la merci de son adversaire - au mieux, on part sans demander son reste...

Déchoir, toujours ATILF : "tomber dans un état inférieur à celui où l'on était, s'abaisser". "THÉOL. Perdre l'état de grâce (originelle)". "Se dégrader, se défraîchir, s'altérer". Déchéance: "décrépitude physique ou morale due à l'âge ou à la maladie. " Dans "déchoir", il y a la chute, la glissade vers le pire.

Dans "capituler", on garde sa "tête" (caput) , dans la déchéance, on perd pied.

Préférer la déchéance à la capitulation, c'est un choix jusqu'au-boutiste - romantique et fou, si on veut, ou exalté jusqu'au fanatisme.

 

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28 avril 2016

Six feet under

"The reason you stayed with me was I was never really there"

Wow.

Scène de dispute entre les deux fiancés, dont on sort secoué, quasi-tremblant, la tête entre les mains. Ils s'aiment, ils se correspondent, leurs chemins se croisent et s'entrecroisent, s'enlacent - sans pour autant se joindre.

On éteint la télé, atterré, courbé par le poids qui s'abat soudain. Trop a été dit - peut-être "tout a été dit" - et il le fallait bien, après tout (?) - mais comment vont-ils s'en relever...?

Affectée à ce point pour une série télé, une histoire pour de faux, j'hallucine, ou quoi.. ?!

C'est vraiment bien fait...

Six Feet Under, c'est la face sombre de Modern Family, qui montre "an all-American family": mari qui travaille, épouse (Claire) avec 2 enfants à la maison. Le père de Claire est chef d'entreprise a épousé en seconde noces une bombe latino-américaine venue avec son fiston obèse et surdoué, et le frère de Claire est gay et en couple. Un épisode s'articule autour d'une situation donnée, à laquelle chaque sous-groupe réagit à sa manière, au risque de faire bondir les autres, et se termine par la solution qui (ré)concilie tout le monde. C'est drôle, forcément toujours "bon esprit" et bien entendu à regarder en complicité avec des proches qui sont passés par là.

Six feet Under, c'est une entreprise familiale de pompes funèbres...! Tout est mis en regard de la mort par une famille de chtarbés ("fucked up") qui s'empêtrent et se débattent pour essayer de grapiller un peu de (bonne) vie. Là aussi, on retrouve les cas de figure maintenant classiques: un couple d'homosexuels, une ascendance très libérée, des écarts compliqués à faire cohabiter avec la norme. Cependant cette série s'empare de situations extrêmes (maladie, traumatismes) - sans pour autant y sombrer, heureusement. L'excès même lui épargne un sentimentalisme mièvre: en allant toujours un peu trop loin, se produit parfois un décrochage qui rend sa liberté au spectateur... Humour macabre au rendez-vous, mais frissons parfois - memento mori    :(

 

 

 

Posté par veranne à 09:12 - Commentaires [2] - Permalien [#]