L'escabelle

16 juin 2016

Paroles d'étudiant

Commentaire à l'issue d'une enquête d'évaluation concernant une journée de formation:

"Je ne suis pas "satisfait" parce que de toute manière, cette formation était obligatoire."

Commentaire suite à une activité obligatoire dans le cadre du cursus:

"Cette activité a été l'occasion de découvrir quelque chose de différent, de sortir du quotidien, et surtout d'oser le faire puisqu'on y est contraint".

Deux activités obligatoires, et deux postures bien différentes... Blocage, ou perception d'une opportunité..

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14 juin 2016

Labyrinthes et autres cheminements

« C’est souvent par les marges qu’on accède au centre » (Jean-Rémi Lapaire)

http://climas.u-bordeaux3.fr/membres/54-lapaire-jean-remi-professeur-linguistique-anglaise

http://www.cahiers-pedagogiques.com/La-grammaire-anglaise-ca-bouge

 

 

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24 mai 2016

Réflexion du jour sur le silence

Tourner sept fois sa langue dans sa bouche pour dire le moins de bêtises possible, précaution que l'on me serinait quand j'étais petite. Les enfants d'aujourd'hui la subissent-ils encore? Peut-être (pas).

J'ai longtemps pensé qu'il s'agissait de dire quelque chose de juste, de vrai - répondre à la question posée, apporter un élément factuel, objectif, exploitable pour éclairer le débat, et même, dire des choses intelligentes (si si).

Mais au fond, dans le domaine professionnel en tout cas, je finis par changer de point de vue. Dire quelque chose d'exact, de précis, d'informé n'apporte pas forcément grand-chose au débat: souvent les décisions sont tellement liées à des enjeux de pouvoir que les éléments objectifs pèsent assez peu. En tout cas ils sont vite oubliés. En revanche, en servant la vérité toute crue sous le nez des collègues, on risque juste d'indisposer certains: la précision des chiffres pointe une erreur ou un oubli, une description plus objective contrevient à la gestion orientée du groupe, se comporter en "sachant" suscite l'agacement.

Prendre confiance en soi, c'est bien - mais pas pour y puiser le courage de donner son point de vue. Plutôt pour avoir celui de ne pas jouer les bonnes élèves et autres madame-réponse-à-tout. Il faut en effet une certaine dose de force intérieure pour laisser glisser le regard des autres sur soi au risque de ne pas sembler à la hauteur, se contenter d'espérer que le travail bien fait portera ses propres fruits, et finalement, grâce à sa discrétion, éviter les bâtons dans les roues.

OK, résolution prise!!

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15 mai 2016

Capitulation et déchéance

Entendue sur France Inter hier matin, une interview d'Alain Guiraudie à propos de Rester vertical, son film en compétition au festival de Cannes. On lui parle de déchéance de son personnage, il précise qu'en tout cas il n'y a pas capitulation.

D'après ATLF, "capituler", c'était au départ "Convenir d'un accord, entrer en accommodement, négocier. Capituler avec qqn ", citation de 1839 à l'appui - ce dont je n'avais pas la moindre idée. Dans le domaine militaire, acception vieillie:"engager des pourparlers sur des conditions de reddition", et plutôt maintenant "Renoncer à toute résistance armée en s'avouant vaincu.", voire, au sens métaphorique,  "Abandonner, devant la force ou par raison, une attitude, une opinion intransigeantes. " On garde un peu l'idée d'aboutir aux négociations... Personnellement, je pensais qu'il y avait uniquement du drapeau blanc dans la capitulation: on est battu à plate coûture, on est à la merci de son adversaire - au mieux, on part sans demander son reste...

Déchoir, toujours ATILF : "tomber dans un état inférieur à celui où l'on était, s'abaisser". "THÉOL. Perdre l'état de grâce (originelle)". "Se dégrader, se défraîchir, s'altérer". Déchéance: "décrépitude physique ou morale due à l'âge ou à la maladie. " Dans "déchoir", il y a la chute, la glissade vers le pire.

Dans "capituler", on garde sa "tête" (caput) , dans la déchéance, on perd pied.

Préférer la déchéance à la capitulation, c'est un choix jusqu'au-boutiste - romantique et fou, si on veut, ou exalté jusqu'au fanatisme.

 

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28 avril 2016

Six feet under

"The reason you stayed with me was I was never really there"

Wow.

Scène de dispute entre les deux fiancés, dont on sort secoué, quasi-tremblant, la tête entre les mains. Ils s'aiment, ils se correspondent, leurs chemins se croisent et s'entrecroisent, s'enlacent - sans pour autant se joindre.

On éteint la télé, atterré, courbé par le poids qui s'abat soudain. Trop a été dit - peut-être "tout a été dit" - et il le fallait bien, après tout (?) - mais comment vont-ils s'en relever...?

Affectée à ce point pour une série télé, une histoire pour de faux, j'hallucine, ou quoi.. ?!

C'est vraiment bien fait...

Six Feet Under, c'est la face sombre de Modern Family, qui montre "an all-American family": mari qui travaille, épouse (Claire) avec 2 enfants à la maison. Le père de Claire est chef d'entreprise a épousé en seconde noces une bombe latino-américaine venue avec son fiston obèse et surdoué, et le frère de Claire est gay et en couple. Un épisode s'articule autour d'une situation donnée, à laquelle chaque sous-groupe réagit à sa manière, au risque de faire bondir les autres, et se termine par la solution qui (ré)concilie tout le monde. C'est drôle, forcément toujours "bon esprit" et bien entendu à regarder en complicité avec des proches qui sont passés par là.

Six feet Under, c'est une entreprise familiale de pompes funèbres...! Tout est mis en regard de la mort par une famille de chtarbés ("fucked up") qui s'empêtrent et se débattent pour essayer de grapiller un peu de (bonne) vie. Là aussi, on retrouve les cas de figure maintenant classiques: un couple d'homosexuels, une ascendance très libérée, des écarts compliqués à faire cohabiter avec la norme. Cependant cette série s'empare de situations extrêmes (maladie, traumatismes) - sans pour autant y sombrer, heureusement. L'excès même lui épargne un sentimentalisme mièvre: en allant toujours un peu trop loin, se produit parfois un décrochage qui rend sa liberté au spectateur... Humour macabre au rendez-vous, mais frissons parfois - memento mori    :(

 

 

 

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Phrase du jour

Quand on n'a qu'un marteau, tous les problèmes sont des clous.

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23 décembre 2015

23 décembre

tout à fait ça:

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à moins que

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mais heureusement, après le dur labeur:

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Une vraie jubilation!

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08 mai 2015

Pierre Bonnard, peindre l'Arcadie, musée d'Orsay.

affiche Bonnard

C'était une bonne idée de commencer par le musée Marmottan et son exposition sur "la toilette, naissance de l'intime", pour arriver en douceur à la rétrospective Bonnard au musée d'Orsay.

L'intimité, c'est ce que Bonnard peint merveilleusement : ces dîners de famille, par exemple, les enfants, le bébé qui nous regarde du bout de la table, avec son visage rond et ses yeux un peu fixes, et qui à l'instant suivant consentira sans doute à ouvrir la bouche pour une becquée. La tarte aux cerises est un délice. Souvenir et goût de l’enfance qui m’évoque le jus de cerise dans la bouche, la pâte acidulée par le sirop d’un côté et craquante de l’autre. Il règne juste le mystère qu’il faut avec un visage qui se distingue à peine des feuillages, là par hasard peut-être. Naturellement les tableaux de femmes à leur toilette occupent également une part importante de l’exposition.

Les premières salles montrent Bonnard tendance Nabi, ainsi que des toiles pétillantes de talent et d’humour: une promenade au bois, où les couples tournent comme dans un manège, deux chiens qui batifolent. Certains tableaux sont énigmatiques, comme le souligne le titre de la salle, ou en tout cas affutent le regard, suscitent l’investigation. C’est le cas d’Intimité  par exemple, peint d’une perspective inhabituelle – une conversation dont les acteurs se devinent ou se dessinent petit à petit  grâce à la pipe que l’on repère au premier plan ou cette forme grimaçante qui se dégage en illusion d’optique.

Sa peinture des moments passés en famille exprime un bonheur simple, son regard enveloppe avec douceur des scènes ordinaires et sans apprêt particulier, recueillant, exprimant la profondeur d’un amour essentiel. On est loin des révoltes bohêmes, quels que soient les conflits amoureux que rappellent les personnages féminins. Bonnard est très présent parce qu’il semble peindre sans distance : il fait partie de la scène, c’est ce qu’il voit au plus proche qu’il restitue, seul personnage non représenté mais bien là. Peintre de l’intimité, de son intimité personnelle...

Je ne connaissais pas le volet « décoration d’intérieur », sans doute intéressant à découvrir. La révélation de cette exposition pour moi reste la vivacité de ses tableaux, enlevés, sans pesanteur malgré leur richesse, et un sentiment de chaleur humaine.

En contrepoint, pourquoi ne pas aller flâner au dernier étage, pour Dolce vita, du Liberty au design talien design italien – des œuvres dont l’époque coïncide en partie avec la production de Bonnard. Le contraste est passionnant.

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30 avril 2015

La toilette, Naissance de l'intime, musée Marmottan-Monet

naissanceintime

La toilette, Naissance de l'intime est une exposition très agréable, dans un musée désuet dont la collection permanente (Monet, Berthe Morisot, Caillebotte) est à couper le souffle. Ajoutons le cadre une très belle demeure, le jardin du Ranelagh et une affluence très raisonnable, tout est réuni pour une escapade ailleurs.

La thématique est de montrer comment l'évolution des modes de toilette s'accompagne d'un changement de pratiques sociales. Si au XVIIème siècle la toilette tolérait la présence d'autrui, progressivement elle s'est dérobée aux regards et installée dans des espaces clos, offrant alors un refuge où l'on se dénude sans souci du paraître avant de s'apprêter pour sortir à la rencontre d'autrui.

L'exposition mêle donc plaisir des toiles et lecture historienne des sujets en une succession de tableaux qui déroulent les siècles. On s'y attarde suivant ses goûts et sa curiosité, par exemple sur un mystérieux portrait de Gabrielle d'Estrées, sur une tapisserie de la Renaissance, ou sur des toiles de Degas ou Bonnard qui donnent envie de poursuivre la promenade au musée d'Orsay. On y découvre par la même occasion les objets de toilette inventés

De  cet ensemble se dégage une légèreté, une joie de vivre simple, pontuellement moralisée par quelque crâne ou pot de chambre nous rappelant la vanité de ces coquetteries. Les esprits chagrins pourraient cependant poser quelques questions: pourquoi ce choix quasi-exclusif de montrer des femmes à leur toilette, alors que les gentilshommes étaient concernés également?  Quel lien pourrait-on dégager avec leur image et leur rôle dans la société? L'exposition semble indiquer un lien de cause à effet entre redécouverte de l'eau pour les ablutions et naissance d'espaces privés - ce qui semble un peu rapide. Et un sourire pour les  tableaux coquins de Boucher, sans aucun rapport avec la toilette mais qui réjouissent l'amateur d'art :)

J'ai beaucoup aimé La femme à la puce, de Georges de La Tour, le visage absorbé de la servante notamment.

La Tour Femme puce

 

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18 avril 2015

Michel Houellebecq: Soumission

Soumission_Houellebcq

J’ai acheté Soumission à l’origine pour marquer mon soutien à Charlie, et Houellebecq dans la foulée : liberté d’expression, liberté d’expression !

J’imaginais sans l’avoir lu que Soumission serait provocateur et mettrait son auteur en danger. Du reste Michel Houellebecq a effectivement gardé profil bas après l’attentat.

Avec le recul, le risque éventuel aurait pu venir de multiples bords. Mais globalement l’ouvrage n’est pas un brûlot. S’il joue sur des peurs primaires, son intrigue reste assez plate, peut-être trop ligotée par son ancrage dans notre actualité quotidienne. Tout est si proche que le décor et les développements sont principalement interrogés en référence à notre société. L’imaginaire du lecteur reste bridé.

Les trente premières pages sont pourtant écrites à l’acide. On retrouve l’inventivité sans faille de sa misogynie, inscrite dans une auto-dérision cruelle. Le héros, François, est sans illusion sur rien, à commencer par lui-même. Sa grandeur, car il est un chercheur reconnu, réside dans sa thèse sur Huysmans, l’auteur qui accompagne son récit. A Rebours donne les repères qu’utilise François pour déchiffrer le monde et diriger sa vie, dans un très beau compagnonnage.

Le souci vient cependant lorsque le roman hésite au bord de la littéraire post-apocalypse, type La Route, de Cormac Mc-Carthy. Les violences de rue à Paris déclenchent des questions stimulantes, notamment pour leur couverture médiatique. En revanche la scène du massacre à la station-service frôle le ridicule dans son traitement : notre maître de conférence parisien, baroudeur d’amphis et de bibliothèques, ne ressent qu’une surprise assez détachée devant le spectacle sanglant, n’appelle pas la police, n’y songe même pas. Il a besoin d’essence, il essaie de se servir, n’y parvient pas, repart. D’un point de vue romanesque, le lecteur est envoyé sur une fausse piste qui reste inexploitée ensuite: va-t-il trouver de l’essence ? Devra-t-il continuer à pied en milieu hostile ? En fait il n’est plus jamais question d’essence, ni même de la voiture pourtant décrite avec autant de convoitise que le c.. – euh, corps de sa jeune maîtresse.

J’ai modérément apprécié l’agitation d’épouvantails qui ponctue régulièrement le récit, tout comme les interminables analyses politico-PMU-logiques. Entre ses commentaires de comptoirs et quelques scènes assez crues qui concrétisent des aspirations amoureuses minimalistes, François devient plutôt ennuyeux.

Là où l’attention renaît tout de même, c’est dans l’ambiguïté qui finit par pointer.

Effectivement François va se soumettre : le conditionnel de la fin relève à mon avis d’un discours indirect libre traduisant le fil de ses pensées, plutôt que d’une incertitude sur l’avenir. Il commence du reste par un acte fondateur – ou fossoyeur : se renier en trahissant Huysmans dans son édition pour La Pléiade. Tout étant raconté du point de vue de François, le lecteur ne peut apparemment qu’en prendre acte, sans réponse d’ordre moral s’il interpelle le texte.

Quoique… Vers la fin, Houellebecq semble se décaler de la narration, qui devient discrètement moins neutre qu’il y paraît de prime abord. François pourrit de l’intérieur, tout de même,  tel que le suggère le récit de ses mycoses et autres infections. Et si l’on remonte à rebours du récit, c’est le cas de le dire, on finit par s’interroger sur certains détails: la 4/4 cross-over magnifique, les alcools raffinés, les plaisirs un peu faisandés… un art de vivre virant à la décadence. Certes le héros tâte du spirituel lors d’une courte retraite monastique, mais point de rédemption à la Huysmans, car sa vie religieuse prend un tout autre virage : après une surprise vaguement admirative devant ses collègues âgés ou peu engageants qui ont déjà sauté le pas, c’est toute honte bue qu’il choisit d’embrasser la religion musulmane pour y gagner au moins deux épouses - chair fraîche et « pot-au-feu »…

En fin de compte, peut-être  le cynisme affiché par le héros se trouble-t-il d’un message en ombre portée, par lequel Houellebecq peut invoquer un second degré de la démonstration…

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