L'escabelle

D'escapade en escalade, pour se l'échapper belle...

12 novembre 2009

Le Ruban Blanc, Michael Haneke

Commençons directement par un aveu: j'appréhendais le noir et blanc du tournage, craignant un manifeste intellectualiste à la Jean-Luc Godard, ou bien que l'austérité du scénario se renforce d'un étouffement de la lumière. Et puis le film a commencé et je n'y ai plus pensé. Les images sont lumineuses pour l'après-midi du bal champêtre, un baiser échangé dans une carriole, ou sombres parfois, bien sûr, mais d'une maîtrise impressionnante. On s'attarde notamment sur les visages, filmés en gros plan fixe, comme pour les mettre à nu, et parfois impitoyablement.

L'intrigue du film est oppressante. L'amour y a si peu de place que son rayonnement subit révèle tout à coup la noirceur, la mesquinerie, la lâcheté là où, une minute auparavant, n'apparaissait que le simple quotidien d'un petit village industrieux.

Petit à petit apparait le réseau des tensions qui enserrent les villageois: la religion, incarnée par le pasteur, le chantage économique par lequel le Baron tient son monde, le manque d'instruction qui réduit au silence le fils du paysan qui voudrait venger sa mère et n'arrive pas à articuler sa colère, tandis que le père ne sait que frapper le fils et retourne finalement sa violence contre lui-même. Des rapports de force fondés sur la loi du mâle et du père où chacun écrase qui il peut.

Des bourreaux minables, en somme, qui abusent d'une position de force pour harceler des êtres sans défense, comme leurs enfants ou leurs femmes, mais qui se refusent à élucider les vrais crimes. Il est plus facile d'humilier publiquement sa fille pour un chahut dont elle est d'ailleurs innocente, que de se regarder dans le miroir...

Tant pis, heureusement les enfants prendront la relève, voudrait-on penser en admirant ces visages innocents, ces yeux limpides. Et puis petit à petit on comprend la véritable ampleur du problème. Le diagnostic de l'instituteur ne nous surprend même pas - même sans l'avoir deviné nous-mêmes, peut-être. La certitude est montée insensiblement en nous comme l'eau noire d'un cauchemar et à la fin, on comprend qu'il a raison.

J'ai eu l'occasion d'en discuter avec deux jeunes de 16 et 20 ans, qui ont été perturbés par ce film, et ont passé un mauvais moment. Il est vrai que Le Ruban Blanc distille une violence mentale qui le rend presque insoutenable par moment. Mais la beauté des images, la relation lumineuse qui se crée entre la jeune fille et l'insituteur, des scènes comme celles où le plus jeune fils du pasteur offre son oiseau à son père ramènent à la vie et à la possibilité du bonheur.

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08 novembre 2009

Pierre Soulages

L'exposition de Pierre Soulages à Beaubourg  mobilise aussi bien les sens que l'intellect. Cette peinture très plastique, onctueuse, tactile, donne envie de la toucher, de la goûter, presque, de la humer - les tableaux exhalent effectivement une odeur. On ne peut que dévorer les oeuvres du regard, pour se les approprier de la seule manière autorisée. Ses tableaux font penser aux pierres dressées de 2001, Odyssée de l'espace, murs noirs, énigmatiques, attirants.

P. Soulages a beaucoup travaillé au brou de noix, bientôt mélangé à de la résine pour en améliorer l'adhérence. Au début, l'ocre, le brun clair se révèlent quand le coup de brosse amincit la couche. Mais petit à petit, le peintre ne travaille plus que le noir, étudiant par exemple l'effet des stries dans sa texture, des surfaces lissées très mat accotées à des pans brillants, la rupture dans la continuité d'une surface.

"Mon instrument n'était plus le noir, écrit-il en 2005, mais cette lumière secrète venue du noir, d'autant plus intense dans ses effets qu'elle émane de la plus grande absence de lumière". Il invente le terme "outrenoir" , "noir qui cessant de l'être , devient émetteur de clarté", "un autre champ mental que celui du simple noir".

Il ne cherche pas à re-créer le monde, ou sa vision intérieure, mais observe, étudie, expérimente.

"Je crois que je fais de la peinture pour que celui qui la regarde - moi comme n'importe quel autre - puisse se trouver, face à elle, seul avec lui-même" (2007)

Petit à petit Soulages utilise de la pâte acrylique, qui permet de travailler sur de grandes épaisseurs. Des projecteurs sont disposés afin que la lumière éclabousse les tableaux en produisant des effets changeants suivant l'angle où on les regarde.

"La lumière venant de la toile vers le regardeur crée un espace devant la toile et le regardeur se trouve dans cet espace: il y a instantanéité de la vision pour chaque point de vue. (...) La toile est présente dans l'instant où elle est vue, elle n'est pas à distance dans le temps."

Mais les mots peinent à transmettre la sensation de ce noir, tout comme les reproductions, qui mettent tout à plat.

Qu'apporte cette peinture, pourrait-on se demander? Elle ne donne pas de sens, elle n'explique rien, ne représente pas davantage. Mais elle fascine, crée une tension sensorielle sans jamais l'assouvir, toujours à distance, présente tout en s'effaçant quand nous nous absorbons en elle.

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29 octobre 2009

Les Disparus, Daniel Mendelsohn

Cette oeuvre littéraire de plus de 900 pages relate comment Daniel Mendelsohn est parti à la recherche d'une partie de sa famille, disparue pendant la seconde guerre mondiale sans que leurs descendants n'en connaissent les circonstances exactes. Ce travail a reçu de nombreux prix, dont le Médicis Etranger de 2007.

S'il se lit comme un roman et se préoccupe explicitement de technique narrative, il n'en est pas moins inclassable, tenant aussi de la chronique, du récit biographique, de l'essai.Tout en reprenant chronologiquement les étapes de sa quête, DM s'accompagne d'une réflexion constante qui sous-tend le récit et lui donne une problématique: que nous dit l'Ancien Testament sur la Création, le meurtre du frère (Caïn et Abel), le massacre des innocents? De plus, alternant entre l'empathie et la prise de distance réflexive, Les Disparus diffuse une émotion profonde.

Ce texte réussit à convoquer une famille, et même un village entier. En revenant plusieurs fois sur les mêmes sujets, dans les mêmes lieux, en reprenant les notes, en croisant les sources, DM affine ses informations, les précise, dégage des contours et fugitivement, au passage, dévoile, éclaire un visage, un geste, rendant soudain corps, chair et sang à des souvenirs avant qu'ils redeviennent lettres jaunies et vieilles photos. A certains moments, il parvient même à soulever, hisser du néant la communauté toute entière. Ce désir interpelle le lecteur sur la mort et la relation au passé en général, indépendamment du contexte précis de la Shoah. Mais évidemment l'horreur reste présente en creux, et revient souvent au premier plan. Impossible de rester insensible, même si l'on a déjà lu sur les déportations, les exécutions sommaires, les commandos-pelotons d'exécution...

Cette oeuvre impose le respect par son refus de diaboliser les coupables, ou de se limiter à une réflexion sur le génocide juif. Pourquoi assassine-t-on son prochain, son proche? Peut-on expliquer les exterminations collectives - parce que l'on est juif, ou ukrainien, ou... tutsi, arménien, croate...? L'auteur, helléniste confirmé, aurait pu puiser dans la pensée grecque pour raisonner. Mais c'est dans la Bible hébraïque qu'il préfère chercher des outils de réflexion. Comment interpréter ce choix? Peut-être parce que ses lecteurs, majoritairement de culture judéo-chrétienne connaissent les références sur lesquelles il s'appuie, ce qui facilite la transmission de sa pensée. Mais aussi, en montrant que le Dieu des Juifs lui-même pratiquait le génocide sans frémir, Daniel Mendelsohn incite ses lecteurs à se libérer de certaines hantises, comme l'anti-sémistisme, par exemple, afin d'accéder à une pensée plus universelle: car enfin oui, Dieu a tué des innocents par le Déluge qui a tout balayé, ou en détruisant Sodome et Gomorrhe, où certains respectaient les commandements de Dieu. Alors pourquoi ce massacre aveugle? Comment le justifier? A partir de la Bible quelle sagesse développer pour comprendre l'Homme? Peut-on y puiser de quoi continuer à avancer, à vivre?

Tout ce travail est également parcouru de petits apartés,  de réflexions personnelles qui rendront un écho différent en chaque lecteur. A vous de tenter ce dialogue...

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21 octobre 2009

Désobéir aux lois?

"A quelles conditions peut-on ou doit-on désobéir aux lois?": voilà un débat qui a été lancé l'autre jour.

Déjà, la formulation de la question réveille en sursaut mon esprit de contradiction. Quelle désinvolture, à poser implicitement comme une évidence que parfois l'on peut , voire même on doit désobéir aux lois... Surtout dans une portion du monde où la démocratie et la séparation des pouvoirs sont venus étayer un contrat social où la raison du plus fort ne s'impose plus aux manants, mais qui fonde une société de droit. L'intérêt général a sans doute un prix, il est vrai, mais ne vaut-il pas la peine d'être payé?

Cependant on ne peut que songer aux avortements qu'il a bien fallu pratiquer dans la clandestinité jusque récemment, à certains cas d'euthanasie, à l'illégalité de l'adultère et des relations homosexuelles dans des pays proches, à bien des exemples où en effet, faute de loi raisonnable, il a bien fallu s'arranger autrement.

Pour autant va-t-on édicter une liste de cas admissibles, et de précautions à prendre? Par exemple: si on n'est pas en démocratie, ou si on traverse une période de guerre ou d'occupation, ou si on est vraiment très très convaincu d'avoir raison... A condition d'agir par altruisme, d'assumer la prison le cas échéant...?

Mais à supposer qu'on arrive à se mettre d'accord, on risquerait toujours d'oublier quelque chose, et puis finalement cela reviendrait à édicter une loi sur la désobéissance légitime...

La question me paraît très difficile, et pour le moment, je n'aurais que quelques pistes à creuser.

D'abord cet "intérêt général", dont il était question plus haut. Sa définition peut fluctuer, et le législateur se montrer réticent à s'adapter... A quel point est-il général, d'ailleurs? N'est-il pas plutôt l'habillage politiquement correct des intérêts d'une classe dominante qui impose à tous une organisation qui lui profite? Et puis aujourd'hui, cette notion a-t-elle encore un sens? La société actuelle est mondialisée - concrètement, et à notre petit niveau, on a tous des amis, des connaissances qui travaillent à l'étranger, par exemple. Les structures familiales et réseaux professionnels sont en pleine mutation. L'idée de bonheur et sa recherche se déclinent au singulier... Comment définir un intérêt général rassemblant les intérêts particuliers des individus, à l'intersection de groupes humains imbriqués et fluctuants? De plus, peut-être certains groupes émergents (ex: les homosexuels) se sentent-ils mal défendus par une législation archaïque où ils ne se reconnaissent pas, alors qu'en même temps la légitimité de leurs revendications (ex: l'adoption) leur semble évidente. Vivant hors des antiques sentiers battus, ces communautés pourraient alors devenir hors-la-loi.

Dans le débat de l'autre jour a surgi l'exemple d'Antigone, qui a désobéi à la loi, c'est-à-dire à Créon, en enterrant son traître de frère malgré l'interdit politique. A t-elle eu raison, comme je l'ai entendu? En tout cas, la pièce expose un dilemme passionnant, car en administrant les rites funéraires pour que son frère trouve le repos, Antigone a obéi à une autre loi: celle de la famille et de la religion.

Comment procéder quand on est écartelé entre deux lois, qui tout à coup entrent en conflit?

Un dernier point me turlupine. Avec cette question ont surgi des images un peu romantiques de citoyens-héros prêts à payer cher pour sauvegarder leurs droits. Mais regardons du côté des dirigeants: que penser des latitudes que nous accordons à nos gouvernants, qui vivent au rythme de la Raison d'Etat, et pour qui la fin justifie parfois les moyens... ? Jusqu'où nos présidents peuvent-ils tricher avec la loi du commun des mortels?

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25 septembre 2009

Un Prophète

J'ai pris Un Prophète, de Jacques Audiard, comme un coup de poing dont j'ai eu du mal à me remettre.

Avec aussi peu de visibilité que dans un labyrinthe, le spectateur suit un jeune détenu, Malik, en proie à l'insécurité, aux menaces et aux vols, acculé puis châtié et soumis brutalement par une bande qui fait régner sa loi.

Mais Malik, condamné à 6 ans de cette prison dans la prison, est combatif, vigilant, attentif aux opportunités. Bientôt il se fraie un chemin, prend pied sur un territoire, augmente son rayon de circulation, se creuse une place dans le groupe. Tout au moins peut-il s'épanouir petit à petit dans la pègre. Mais le reste du monde n'apparaît pas: si le héros s'extrait de la prison physique avec le temps, il n'est pas question de réinsertion. Les réseaux mafieux définissent et quadrillent son univers, où qu'il se trouve. Il en est un chaînon sans aucune autre attache. C'est le crime qui donne un sens à sa vie, même dans le domaine affectif.

Quand la lumière filtre de l'extérieur, pour de brêves escapades et des émerveillements de gosse qui découvre l'avion et la mer, la libération n'est que fugitive, comme le symbolisent les lourds 4X4 qui suivent Malik une fois remis en liberté. On peut entrevoir une lueur d'espoir tout de même, mais sans trop y croire.

Dans un film de prison, évidemment on s'attend à beaucoup de violence virile, des humiliations, une descente aux enfers, et pourquoi pas un viol ou deux, la menace du suicide et du SIDA, la prise de tranquillisants pour tenir etc. La force de ce film est peut-être de s'épargner toute scène convenue, de filmer l'action tantôt par des plans très serrés qui engluent le spectateur, tantôt par des scènes de groupe où il cherche à évaluer la situation comme s'il était lui-même Malik. L'intrigue se déploie aussi dans la vie onirique du héros, jetant une lumière oblique sur son affectivité, ses voies d'évasion, ses manques et ses forces. Elle s'appuie à la fois sur les rebondissements d'un film d'action et l'apprentissage du jeune, qui devient un adulte.

Après être sorti du cinéma, on reste habité par la prison. Ceux qui sont identifiés au bout d'un moment en tant que Corses, par exemple: comment une organisation visiblement mafieuse se confond avec la cause des nationalistes. L'importance des langues vivantes, si j'ose le formuler ainsi. Les cercles communautaristes, et les manipulations de groupe. La prison comme ascenseur social :(   Un univers amputé de l'amour. Que deviendra ce jeune? Un autre Luciani, le parrain corse?

Les acteurs sont très bons, notamment Niels Arestrup, franchement prodigieux. Ce film est également l'histoire de son personnage, en couple avec Malik pour un nouvelle déclinaison du meurtre du père, ou bien grandeur et décadence, montée et déclin.

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19 septembre 2009

Internet, démocratie, rumeur...

N'ayant guère de commentaires à mon dernier billet (merci, Volland, tout de même!), j'ai continué le débat de vive voix. L'un (qui se reconnaîtra), m'a expliqué que même s'il partageait mes réserves sur Internet, les propos d'Hortefeux lui paraissaient encore plus préoccupants. Du reste certains ont cherché à disculper le bonhomme en exploitant une mise en accusation des média - ce n'était pas mon intention.

Quelqu'un d'autre a haussé les épaules: en quoi Internet serait-il pire que les Journaux Télévisés, qui matraquent les images d'actualité à des millions de spectateurs (environ 7,7 pour le JT de 20h sur TF1, par ex) plusieurs fois par jour?

Il me semble cependant qu'Internet a une efficacité spécifique: on n'est pas toujours réceptif à 100% au JT, alors qu'on va ouvrir volontairement un site, et plusieurs fois si on le souhaite. Le buzz n'est pas non plus la rumeur classique, amplifiée ou déformée au fil des répétitions, et que l'on peut donc discréditer facilement, puisqu'on peut tous aller consulter le même document d'origine, et en l'occurence, authentifié par la rédaction du Monde... S'il s'y ajoute un phénomène de curiosité et de convivialité titillée par le dernier potin que l'on partage, Internet attise l'excitation en maintenant le document à la disposition de tous.

Et puis, j'avais envie de répliquer qu'Internet traite de sujet que la TV censure parfois; mais craignant de tomber dans la parano contre laquelle Volland nous met fort justement en garde dans son commentaire à mon dernier billet, je ne m'y étais pas hasardée. Or que lis-je, que vois-je? Eh bien TF1 n'avait  pas consacré de reportage à ce sujet le jeudi 10 à son JT de 20h, contrairement aux autres chaînes... Et quand il a fallu y passer, pression médiatique oblige, TF1 a exploité la video avec une réaction pour le PS, et 4 pour l'UMP.

Bon... Avec tout cela, le débat finit par glisser: après la facette "outil totalitaire menaçant nos libertés", voici qu'Internet nous présente son aspect "libre diffusion de l'information au défi de toute censure politique". L'affaire Borloo arrive à point nommé: comme le raconte Volland, d'après Le Canard Enchaîné, les caméras de France 2 auraient filmé une tentative de discours le 3 septembre à l'Elysée, rapidement avortée car Borloo était (semble-t-il) ivre et incapable de s'exprimer. France 2 aurait ensuite décidé non seulement de ne pas diffuser, mais encore de détruire ces traces.

On revient du buzz à la rumeur (!)

Mais ceci dit, aurait-il fallu diffuser?

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12 septembre 2009

Buzz Brice Big Brother

Brice Hortefeux n'est pas de mes amis. Ses propos de l'autre jour sont consternants, et encore davantage la tentative de les qualifier de plaisanterie. J'ai beau me creuser la cervelle... mais en quoi cette réplique serait-elle drôle, surtout lancée au sujet d'un militant qui vient demander une photo comme un fan un autographe de son idole? Quand on est ministre, on surveille son langage. Mais surtout, avec une pensée aussi caricaturale et réactionnaire, que fait-il à ce poste?

Voilà le jugement que m'inspire la scène...

Mais  que penser d'une société où l'on peut être filmé et exposé ou dénoncé sur internet, livré à des millions de témoins et ensuite forcé de se justifier sans aucune chance de convaincre parce que "les faits sont là" et resteront publics beaucoup plus durablement que les explications?

On sait bien l'apparence de vérité que peut prendre la "réalité" - c'est-à-dire en fait, un fragment de vie, reproduit d'un certain point de vue et avec certains moyens qui influencent forcément la perception...

Les mêmes qui exploitent l'incident et se réjouissent d'un tel pilori planétaire s'indigneraient vertueusement s'ils en étaient victimes. 1984, Big Brother is watching you.

Cette histoire est profondément déplaisante.

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29 août 2009

Inglourious Basterds

Dans Inglourious basterds, un peu comme dans le jubilatoire Pulp Fiction, Tarantino nous procure un plaisir intense, euphorique, en sachant toujours s'arrêter avant l'excès qui gâcherait tout. Il nous capte puis nous emporte dans son récit, en jouant sur tous nos sens. La vue, avec sa caméra gourmande et curieuse, qui s'attarde sur les visages et les corps, respectueuse devant l'aristocratique beauté de Diane Kruger, caressante et sensuelle quand elle s'attache à Mélanie Laurent, efficace dans le feu de l'action, magistrale et grandiose dans la dernière scène du cinéma.  Mais aussi, on ressent presque dans notre chair le doigt qui fouaille une blessure ouverte, on est toute ouie quand Tarantino joue avec les accents britanniques et américains, on croirait soi-même goûter un certain verre de lait, ou on reste bouche bée devant un strudel dont la crème Chantilly absorbe soudain toute notre attention.

Tarantino filme à merveille le basculement: d'abord les scènes qui s'étirent, la tension qui monte et supplicie le spectateur comme les personnages, puis se dénoue subitement - dans un déferlement de violence libératrice, une griserie qui confine à la jouissance, ou bien  un simple battement de cil qui trahit la défaite, une rougeur, un trait qui se creuse, un regard qui s'avoue vaincu, la peur qui affleure dans un frémissement. Même si le film comporte beaucoup de scènes d'actions, le véritable affrontement est mental, et le plus souvent entre deux duellistes.

C'est tout entier que nous nous abandonnons à ce film, y compris lors de moments très drôles, presque burlesques, surtout dans la dernière partie du film, quand l'Histoire passe aux oubliettes et que l'intrigue s'affranchit de toutes contraintes pour se nouer en fiction toute personnelle. J'ai hâte de pouvoir partager avec d'autres ce que j'ai ressenti à tel ou tel passage.

Ceci dit, comme avec Pulp Fiction, Inglourious Basterds me laisse une interrogation, un soupçon de culpabilité à tant savourer une oeuvre parfaitement gratuite, qui se situe en dehors de toute réflexion particulière sur quoi que ce soit, et même utilise des personnages historiques comme des marionnettes dans une fiction totalement imaginaire.  Un pur objet de plaisir, a-moral. Un objet de luxe, comme le serait un plat de grand cuisinier, peut-être, mais accessible à tous. Allez, ça y est, j'ai trouvé un prétexte intello pour vanter ce film: il attire le tout public, même le moins cultivé, et leur offre un cinéma virtuose, une porte d'entrée vers l'art. Tarantino est un bienfaiteur de l'humanité, finalement.

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19 août 2009

Réforme de la Sécurité Sociale (Health Care Reform) aux USA

En ce moment se déroulent aux USA des débats houleux sur la réforme de la sécurite sociale qu'Obama souhaite mettre en place dans un climat passionné. En effet, pas moins de 80% des Américains sont satisfaits de leur couverture sociale actuelle...

Ils ne semblent pas pressés de payer plus d'impots pour financer une réforme dont ils ne voient pas les avantages immédiats (meme s'ils risquent de perdre leur protection sociale en cas de licenciement ou de changement de travail). Ils n'ont pas non plus envie de financer les dépenses de santé des 48 millions qui ne sont pas couverts a l'heure actuelle.

Obama et ses partisans développent des trésors de pédagogie pour essayer de convaincre: cette réforme ne grèverait pas le budget des USA, 2/3 des coûts (évalués a une fourchette entre 800 et 1000 milliards de dollars) seraient dejà absorbés par les économies prévues sur les soins grâce aux campagnes de prévention, ou de meilleures pratiques ( par exemple, à l'heure actuelle, de nombreux examens inutiles sont prescrits par peur des procès) NB A l'heure actuelle, les dépenses de santé aux USA s'élèvent à plus de 2000 milliards par an.

De plus, la caisse de sécurité sociale ne serait pas intégralement financée sur fonds publics. Obama explique aussi que les cotisations seront multipliées par 2 en 10 ans de toute manière si on ne fait rien.

Mais les gens craignent d'être moins bien soignés si les soins sont rationalisés ( m'opèrera-t-on de la hanche si j'ai par ailleurs j'ai un cancer et de mauvaises chances de survie? ) Ils craignent également que l'argent soit utilisé pour soigner des immigrants illegaux, voire financer les IVG.

Beaucoup critiquent un systeme absurde où tout repose sur l'employeur, et prétendent qu'il ne saurait évoluer sans être intégralement démantelé - bonne excuse pour ne toucher à rien au final.

Obama pèse de tout son poids personnel dans la balance en présidant lui-même des meetings organisés dans des salles des fêtes ou des salles d'école. Il n'est pas trop chahuté semble-t-il, mais les députés et sénateurs qui s'y collent de leur côté ont parfois du mal à se faire entendre par dessus les vociférations de leurs adversaires.

L'autre jour à la radio, des invités évoquaient le terme de "lies", qui avait été lancé à la figure des anti-réforme, pour déterminer s'il se justifiait ou non. Il ont fini par préférer "falsehood". C'est vrai qu'en France aussi, il y a une nuance entre "c'est un mensonge!" et "c'est faux"...

Vu aussi, un spectateur dans l'assistance d'un débat orchestré par Obama: "pourquoi avaez-vous glissé de Health Care Reform" à "Health Insurance Reform". Les mots pèsent leur sens.

Et enfin, lu dans The Economist, un article amusé sur la baisse de 155 milliards de subvention publique à laquelle les hôpitaux ont consenti collectivement, pour expliquer qu'en réalité, ils comptent regonfler leurs finances grâce aux opérations que les patients sans couverture sociale repoussent autant que possible et qu'ils pourraient enfin s'offrir une fois la réforme passée. (Voir numéro du 18 juillet, Taking a scalpel to cost")

Enfin quoi qu'il en soit, un projet de loi devrait être déposé à l'automne...

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14 août 2009

Retour de mission

Burqa, suite: A mon hotel se trouve une residente qui ne se "montre" qu'en burqa grillagee, et surveillee de pres par un individu ombrageux (sans tomber dans le cliche, c'est vrai!)... Meme effet qu'en France a mes yeux, evidemment, d'autant qu'elle est visiblement genee par le masque, qui l'oblige a exagerer tous ses gestes pour voir ce qu'elle fait. Mais elle evolue ici dans l'indifference et ne semble susciter aucune reaction particuliere quand elle parait.

Difficile bien entendu d'en tirer grand chose, et encore plus de comparer les societes francaise et americaine, dont la formation a suivi des etapes si differentes. L'objectif americain du "melting pot" a plutot abouti a un "salad bowl" tandis que la France reste accrochee a un reve d'integration. Aux USA, nous sommes au royaume du liberalisme et de la liberte "negative" (par absence de contrainte) - tant que la collectivite n'en fait pas les frais.

[Par exemple, bien loin de la revendication "Big is beautiful" des annees 1980-2000, on voit maintenant monter la pression contre l'obesite, avec l'information que cette maladie coute 150 milliards au pays par an, maladies induites incluses (diabete, par exemple), information particulierement efficace en plein debat sur la reforme de la securite sociale.]

Alors qu'en France, nous favorisons plutot la liberte positive, (donner aux citoyens la possibilite d'agir) ce qui peut impliquer une intervention de l'etat, les USA valorisent la capacite de chacun a saisir les occasions pour progresser.

Justement, vient de se faire elire a la cour Supreme le premier juge hispanique, qui se trouve etre une femme de 55 ans, et de plus seulement la 3eme dans l'histoire de la Cour Supreme. Elevee par une veuve dans un HLM du Bronx elle a gravi a la force du poignet tous les echelons de la carriere juridique et judiciaire.

A son sujet Obama a dit:"These core American ideals -- justice, equality, and opportunity -- are the very ideals that have made Judge Sotomayor’s own uniquely American journey possible. They're ideals she's fought for throughout her career, and the ideals the Senate has upheld today in breaking yet another barrier and moving us yet another step closer to a more perfect union."

"Justice, equality and opportunity"  trois ideaux americains fondamentaux, que la France ne renierait sans doute pas, mais qui sont conjugues outre-atlantique sur un mode beaucoup plus individualiste. A chacun de saisir les opportunites que lui offre la societe. Quant au developpement de la discrimination positive, qui revient a contrer la domination d'un individu parce au'il fait partie d'un groupe precis, elle ne fait pas l'unanimite, loin de la.

Posté par veranne à 04:21 - Société - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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