L'escabelle

08 septembre 2022

Déménagement du blog

Bonjour chers lecteurs,

vous pourrez me lire désormais sur https://larbreetlafeuille.blogspot.com/

A bientôt !

 

Posté par veranne à 13:50 - Commentaires [1] - Permalien [#]


06 septembre 2022

Connemara, Nicolas Mathieu / avec les commentaires sur https://larbreetlafeuille.blogspot.com/

Ayant beaucoup apprécié Leurs enfants après eux (2018), j'ai eu envie de continuer sur ma lancée et de découvrir le roman suivant, Connemara.

On y retrouve la Lorraine et pour une grande partie du roman cette exploration de l'adolescence que NM a si bien réussie dans le roman précédent. Mais cette fois les personnages principaux sont des quadra dont tout à coup la mécanique de la vie s'enraie. Christophe, ancien champion de hockey sur glace local devenu représentant de commerce en nourriture pour chien, voit son équilibre familial se disloquer, comme dans un ralenti inexorable. Hélène, partie faire des études en école de commerce et victime d'un burn-out à Paris, est revenue dans sa région avec mari et enfants. Elle espère trouver un rythme de vie moins exigeant, mais une insatisfaction chronique s'insinue et l'oppresse. Hélène était amoureuse de Christophe quand ils étaient ados et une rencontre fortuite provoque leur liaison.

Ce roman offre de nombreux angles de lecture. On se régale à la description des modes de management en entreprise. On se laisse couler dans la vie quotidienne des copains et de la famille de Christophe. Deux visions parallèles intéressantes en soi et qui parfois jouent en miroir, révélateur et éclairant. On peut aussi s'attacher à la mobiité sociale d'Hélène, signalé avec insistance, s'absorber dans la sensualité du texte, retrouver la Lorraine comme si on y était...

Ce qui m'a peut-être intéressée le plus est le parallèle entre les deux existences des héros : chacun a suivi une trajectoire différente, l'un restant dans sa région et sa condition, l'autre effectuant des études inédites et partant à la capitale, arrivant à des revenus très supérieurs à ceux de ses parents. Mais dans les deux cas, vient le moment de rendre du recul et de réinterroger ses choix. A la sortie du lycée, c'est plus ou moins à l'instinct et déterminé par son environnement que chacun s'oriente professionnellement, fonde une famille, s'installe, a des enfants. Mais une fois ces projets accomplis, alors quoi ? Etait-ce bien ce que l'on voulait ? Est-ce que l'avenir n'a plus qu'à dérouler mécaniquement ? Christophe et Hélène subitement ne savent plus dans quelle direction aller et dans une halte un peu brusque, refusent de se laisser porter plus loin. Leur rencontre et leurs relations permettront au passé resté suspendu de se concrétiser, catalysant les choix d'Hélène. Ce que Christophe en retire est peut-être moins clair. En tout cas, Hélène lui ouvre une porte, parmi d'autres, et Christophe se définit en choisissant son chemin.

Je n'ai pas tout aimé dans ce roman, et je ne suis pas remuée par Sardou ou son tube en toc, qui n'a d'irlandais que le nom. En 1982 j'étais plutôt Dire Straits, Phil Collins ou Mickael Jackson entre autres (JJ Goldmann, par ex !). Mais les personnages en soi sont attachants et bien croqués, et le style est résolu, nerveux et sophistiqué à la fois. On est accroché de bout en bout.

Bref, je vais bientôt lire Aux animaux, la guerre.

Posté par veranne à 18:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

05 mai 2022

Killing Eve

Killing Eve est arrivée sur moi comme la foudre, me laissant électrisée et fascinée. La saison 1 démarre une série de dérapages à la Tarantino avec un meurtre commis par Villanelle, personnage solaire et détaché, incontrôlable et perfectionniste mercenaire. Chaque mission est pour elle l'occasion d'un coup d'éclat, d'une mise en scène qui frappe par son esthétique, son incongruité, son mystère. Marque d'arrogance, d'irrespect, d'insolence, c'est aussi un défi lancé à l'aveugle, la recherche de qui la méritera. Quelqu'un est réceptif à ces signaux et part en chasse : c'est Eve, enquêtrice sans gloire. Villanelle va s'amuser un peu, identifiant une partenaire à sa mesure : elle traque Eve à son tour, dans un jeu provoquant où la séduction brouille petit à petit les limites. Eve a beaucoup plus à perdre que Villanelle mais en même temps qu'elle est dépouillée, elle se découvre. Enquête sur l'autre, enquête sur soi, très belle scène où chacune se contemple de part et d'autre d'un double miroir. 

Eve travaille pour le MI6, sous la direction de Carolyn, caustique, coriace, obstinée.  Villanelle oeuvre pour une sournoise organisation de méchants, les 12, qui intéresse également les services secrets russes, incarnés notamment par Konstantin, au rire tonitruant. D'étranges liens rapprochent les chefs - chefs de quoi, d'ailleurs, on a de plus en plus le vertige. Je ne suis pas sure d'avoir tout suivi, mais à la saison 4, tout s'éclaire (bon n'hésitez pas à me dire ce que vous avez compris, tout de même)

De saison en saison, on comprend mieux qui est Villanelle, tout comme les autres personnages, sauf Eve, peut-être, qui est toute en devenir, plutôt. C''est pour moi le fil conducteur de la série, mais j'imagine que d'autres fans auront préféré le volet espionnage.  Il faut parfois être patient pour laisser courir certaines sous-intrigues (dont je n'ai pas vu l'intérêt en tout cas). Et bémol, la saison 4 m'a paru manquer de la subtilité nécessaire : trop de temps sur le pasteur, pas assez pour expliquer la décision de Pam, pourquoi ces meurtres-là... un burlesque pas drôle, et surtout, surtout, l'érotisme supposé de voir l'autre tuer, voire un soupçon de plaisir à torturer, m'a-t-il semblé détecter - qui auraient dû être traités avec prudence.

La saison 4 a déçu de nombreux fans si j'ai bien compris. Mon conseil : savourer les trois premières saisons (ah... l'échappée de Villanelle en tulle rose sur un boulevard parisien tout en grisaille au petit matin), et lire la fin sur internet :)

 

Posté par veranne à 10:52 - Commentaires [1] - Permalien [#]

06 octobre 2019

Abgrund, Maja Zade, Thomas Ostermeier, Théâtre Scène Nationale Les Gémeaux, Sceaux.

Abgrund m'a laissé un sentiment de malaise persistant, une envie de répliquer à ses implicités culpabilisateurs ainsi qu'à la mise en scène.

Thomas Ostermeier, à qui l'on doit des mises en scènes extraordinaires aux Gémeaux au fil des ans, choisit ici de nous équiper de casques pour écouter les dialogues et d'éloigner les acteurs en les séparant du public par une toile très légère sur laquelle sont projetées des images de temps à autre. Claudel écrivait à propos du théâtre "il y a la scène et la salle". Hier soir, il y avait en plus la technologie numérique littéralement entre les spectateurs et les acteurs. Les spectateurs deviennent témoins distanciés, perdent leur proximité sensorielle, le ressenti physique souvent associé au théâtre. Même en enlevant les écouteurs pour ne suivre les dialogues que par le surtitrage (la pièce est en allemand), on ne retrouve pas la sensation (sans doute parce qu'alors les dialogues sont inaudibles). C'est peut-être pour nous les montrer comme derrière une glace dans une expérience de laboratoire... ? Un peu de frustration cependant. On se serait cru au cinéma, par moment, voire devant son écran de télévision.  Le théâtre n'avait-il pas la force d'accompagner la pièce ?  

La pièce se déroule en deux temps lors d'un dîner entre amis, avant et après un événement insoutenable. Très très longuement, la conversation roule sur des sujets divers, amusante, superficielle, égocentrée. On est dans les codes sociaux des "bo-bo". Cuisine "laboratoire", instruments en acier brossé, préoccupations de gens aisés : le vin, les plats, le bio, ou bien quelques mots d'esprit en décalage assumé avec l'actualité. Ils ne semblent pas avoir d'épaisseur - on ignore leurs liens, quelle part ils prennent dans le fonctionnement social. A la longue - au moins une heure de bribes de conversations, la pièce procure un sentiment de futilité, de vacuité, d'égoïsme (me semble-t-il). Puis drame absolu - je ne spoile pas - mais une horreur. Ensuite une bascule en avant - en arrière :  avant le drame , quand personne ne se doutait de ce qui allait se passer , puis après coup, son onde de choc, avec des arrêts image sur la prostration d'un personnage ou la crise nerveuse d'un autre - glissade en arrière, comme si on s'accrochait à l'insouciance des minutes d'avant, et à nouveau chute dans le présent terrible. L'incapacité à gérer, l'abîme qui s'ouvre sous les pas. Les personnages continuent leur dialogue désespérément vide, sauf les deux victimes qui sombrent dans le mutisme.

Et nous, les spectateurs, un peu dans la sidération.. On est là comme des entomologistes avec notre instrumentation scientifique à observer six spécimens de bobos. Comme il n'y a aucune intrigue, aucune épaisseur chez ces figures, peut-on finir par conclure que la vacuité des propos les définit aussi ? Puis nous subissons la violence du drame, qui forcément fait écho à des angoisses que nous partageons tous plus ou moins. Pourquoi cette agression ? Pour nous tendre le miroir au cas où nous n'aurions pas compris avant qu'il fallait sortir le nez de son nombril ?  Ils sont punis parce qu'ils sont creux (et nous aussi, sans doute) ? Pour rester dans les caractéristiques apparentes d'une classe sociale, pourquoi ne pas montrer un diner chips-bière devant un match de foot ? Et là, quel aurait été le message ? 

Beaucoup de questions... 

 

Posté par veranne à 10:16 - Commentaires [0] - Permalien [#]

20 septembre 2019

Years and years (la série, saison 1)

Anecdotes :  je me prépare à sortir de chez moi, et à deux mètres de la porte d'entrée (de sortie aussi, manifestement), je m'interrpoge "dois-je garder mon gilet, quelle température fait-il ? " Et hop un coup d'appli Météo France : soleil, 23 °, donc pas de gilet. Ensuite j'ouvre la porte, je constate qu'il fait chaud et me félicite de tant de prévoyance. Mais euh...  Oups... Avant j'aurais pensé à mettre le nez dehors, au lieu d'interroger mon smartphone.

Ensuite me voilà au feu. On attend le petit bonhomme vert. Une dame âgée arrive à ma hauteur - façon de parler car elle est toute petite et pour me parler alors qu'elle est vraiment près, elle lève la tête comme une enfant vers moi, avec sa peau très blanche, ridée, ses yeux bleus. "Ah t'es là, toi ?" me lance-t-elle.  Bon, techniquement, c'est vrai, je suis là. Je reste coite, sans me départir de ma bienveillance coutumière (peut-être juste le regard un peu vague, quand même). Alors elle ajoute "et quel jour on est, déjà ?" Le pire, là, c'est que j'hésite... et puis je finis par la regarder plus directement et lui dire avec un sourire "on est vendredi". "Ah oui", conclut-elle simplement avant de s'éloigner. Et je réalise qu'il a fallu faire un effort pour lui parler, comme pour un un acte courageux, engagé.

?????

Tout ça pour conextualiser ma vision de Years and years, qui nous décrit le dérapage de la Grande Bretagne vers un totalitarisme populiste après le Brexit et le départ de Trump, sur fond de développement numérique. 

Je ne recommande pas trop cette série, qui ne nous n'épargne rien et déerape très vite dans le pathos.

Nous les Français, les petits malins de la galaxie, on sait bien que "le pire n'est jamais certain". Mais les Britanniques, eux, ont tellement d'expressions pour parler du pire (if worst comes to worst, worst-case scenario etc.) qu'on voit bien qu'il s'y attendent à chaque instant. En fait ils ont un équivalent de "à quelque chose malheur est bon" : "every cloud has a silver lining" (tout nuage a une bordure en argent - plus kitsch tu meurs).  Mais est-ce le moment de donner dans la métaphore climatique pour exprimer de l'optimisme ?

Dans cette série, tout empire tout le temps, et d'une manière générale, les épreuves ont pour effet de faire ressortir le pire chez les individus , surtout les hommes, d'ailleurs (parce que les femmes sont plutôt à la hauteur... allez savoir pourquoi ce parti-pris). Tout y passe, y compris les Russes, sans surprise, et une bonne théorie du complot. On nage rapidement dans le mélo sentimental...

Mais ce qui est encore plus gênant, c'est que tout est plausible, voire s'est déjà produit, a déjà été documenté (Milgram, Primo Lévi). Donc c'est très très déprimant.  

Bref, j'espère qu'il n'y aura pas de saison 2.

Sinon je ne vais pas pouvoir m'empêcher de la regarder ...

Posté par veranne à 20:18 - Commentaires [0] - Permalien [#]


13 juin 2019

Sybil (2019)

Sybil, de Justine Triet, a été une très bonne surprise, et même une surprise tout court, ce qui l'a rendue meilleure encore : une romancière en mal d'inspiration qui s'inspire de la vie de quelqu'un de réel, voire qui vampirise un peu sa victime, c'est risquer le déjà vu (souvent). Mais ici, il sont plusieurs à s'inspirer les uns des autres, dans une espèce de spirale malsaine, à sortir leurs tripes parce qu'ils s'animent de l'énergie, des vibrations des autres en se poussant à leurs limites. 

Une thématique filée est que chacun trame le récit de sa vie pour lui donner un sens - se plonge dans ses souvenirs, peut-être "se la raconte", comme on dit, ou tout simplement l'évoque un point à l'endroit, un point à l'envers - justement, Sybil est psy.

Sybil rencontre Margot, une jeune actrice en détresse, perpétuellement sur les nerfs, au moment où elle avait décidé de se consacrer à l'écriture. Pourquoi accepte-t-elle de prendre cette nouvelle patiente ? Sans doute parce que le présent de Margot évoque le passé de Sybil par certains aspects, et ensuite parce qu'il remplit la page blanche. Mais impossible pour Sybil de garder le contrôle. dans ces orages électriques, ces tempêtes d'émotion qu'il faut essuyer. Des points d'ancrage s'imposent parfois brutalement - tirant brusquement sur une corde invisible. Le passé s'engouffre dans la brèche, et déstabilise l'équilibre construit en même temps que sa famille, sur laquelle l'intrigue se resserre parfois. Les points d'ancrage sont aussi des êtres humains comme son mari et sa soeur, avec des valences parfois ambiguës. 

Comment vit-on cette tourmente ? Virgine Efira concilie la plongée en soi avec la fuite en avant, et porte le film avec son énergie, son humour et son charme. Je n'ose pas imaginer Marion Cotillard à sa place !!! Adèle Exarchopoulos est toujours aussi charnelle, et peu crédible quand elle récite son texte. Les hommes sont à la hauteur de Virginie Efira, beaux, profonds (craquants) (hum)

Donc j'ai beaucoup aimé ce film - ayant peut-être une réserve tout de même : son souci de clarté explicite sur "la vie est une fiction", alors que tout est là pour l'exprimer en finesse et que le spectateur aime bien deviner tout seul, parfois. 

Après je passe à un petit spoiler, donc Biiiip , vous pouvez vous éloigner si vous préférez.

La scène finale, avec le fils de Sybil, est pour moi un morceau d'anthologie - pure émotion en même temps que retour sur terre douloureux parce qu'en jeu sont la fragilité et la souffrance d'un enfant. Or à son tour il endosse le rôle du psy en questionnant sa mère, en terminant sur la question sur laquelle où finalement tout s'articule. La vérité sort de la bouche d'un enfant - qui a peut-être été briefé par sa tante... et la spirale continue. Une fin magistrale.

Posté par veranne à 21:23 - Commentaires [2] - Permalien [#]

22 mai 2017

Julieta, Pedro Almodovar, 2016

Avec un peu de retard sur l'actualité j'ai vu Julieta, de Pedro Almodovar ce week-end, qui avait été projeté au festival de Cannes l'an dernier. A première vue, on pourrait dire que le film entre dans la catégorie "drame sentimental" ou "drame familial", avec une touche presque hitchcockienne dans le dénouement de secrets menaçant une blonde héroïne en lunettes noires (visite de la morgue après le naufrage)

Point de départ, l'héroïne, Julieta, s'apprête à quitter Madrid pour aller vivre au Portugal avec son compagnon, un artiste, quand elle croise fortuitement une ancienne amie de sa fille, Antia. On comprend alors que cette dernière n'a donné aucune nouvelle à sa mère depuis de longues années. Sous le choc, Julieta reste à Madrid et entreprend d'écrire tout ce qu'elle n'avait jamais révélé à sa fille.

La première partie du film m'a emportée et séduite par sa beauté et l'onirisme léger et symbolique qui embuait les péripéties. La figure du cerf vu du train est une merveille. Au bout d'un moment, j'ai tout de même fini par trouver qu'on versait dans le mélo, et une certaine caricature, avant finalement d'envisager une autre lecture du film. 

Les personnages sont essentiellement des femmes, partagées en deux groupes : aimantes-douces-confiantes (et toutes des mères, sauf l'artiste qui cependant est une sculptrice prolifique) mais impuissantes et emportées par le malheur, ou bien malfaisantes (Marian essentiellement, langue de vipère et qui fait de bons gâteaux, mais, vu la suite, plutôt sur le mode de la sorcière dans Hansel et Gretel). Sauf la méchante, elles sont toutes rongées par un sentiment de culpabilité, et elles portent en elles de profonds mystères, des non-dits, des silences, des secrets. Et puis elles tombent malades (alzheimer, sclérose en plaques), et c'est directement la grande faucheuse qui s'en occupe.

A côté de cela, nous avons quelques hommes, qui sont au contraire d'une lisibilité totale : ils sont aimants, mais rien à faire, un homme par nature a besoin d'une femme dans son lit et si sa femme s'éloigne (maladie, voyage), il va chercher la satisfaction ailleurs. Dans le film, ils apportent avec eux une monnaie d'échange : produits de la terre pour le père de Julieta, agriculteur, produits de la mer pour Xoan, pêcheur. S'ils n'ont pas de quoi, pas de place pour eux : c'est le suicide pour le voyageur au sac vide... Par ailleurs, alors que les femmes sont minées par la culpabilité, les hommes n'ont en revanche aucun état d'âme, et assument leur déloyauté avec une candeur désarmante.

Petit à petit au fil d'une intrigue avec tant de rebondissements poignants qu'on en pleurerait, le film tourne au mélodrame, jusqu'à la dernière péripétie avant le générique de fin, comme un coup sur la tête. C'est là que j'ai fini par sursauter, tout de même... Peut-être peut-on lire le film de deux manières différentes.

Au niveau littéral, Julieta est un mélo démontrant que les secrets de famille sont toxiques. Mais ensuite peut-être pourrait-on lire les péripéties comme autant de coups de brosse rageurs sur une toile - excessifs et issus d'une esthétique furieuse, d'un vocabulaire violent mais ne rendant au réalisme qu'un hommage de surface. Au fond, une fois de plus, Almodovar empoignerait le mystère féminin, pour le secouer, l'éventrer et lire ses entrailles...  Plus qu'un drame, le film est construit comme une tragédie, avec son oracle, Marian, qui libère la parole avec des conséquences funestes, mais ne fait après tout que dire la vérité. A la fin, Julieta est sur la route, en chemin, sans grande certitude mais avec espoir. C'est sans doute une métaphore à nouveau..

Posté par veranne à 08:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

30 avril 2017

Etourneau tombé du nid

présenté en feuille d'hortensia pour ne pas lui communiquer l'odeur humaine.

20170429_174813

Et puis comme ça , ça m'évite de titrer sur l"irresponsabilité et la malhonnêteté d'un certain triste sire, mauvais perdant pour ne pas dire autre chose, qui renvoie dos à dos Le Pen et Macron, comme s'ils étaient comparables...! 

Négationnisme, racisme, homophobie, repli identitaire, militantisme chrétien intégriste... C'est comparable au programme ou à des actions passées de Macron, ça? 

S'en tirer par cette injure, c'est surtout une insulte à l'humanisme auquel il adhère - paraît-il.

Au secours !

 

Posté par veranne à 14:37 - Commentaires [2] - Permalien [#]

10 avril 2017

The lost city of Z

Attention, spoilers en chaîne...

La Cité perdue de Z, de James Gray, pourrait passer pour un biopic sur le major Percy Fawcett, raconté d'une manière plutôt chronologique et linéaire. Presque sage, si on ne fait pas attention aux grains d'excès qui tout à coup enraient un mécanisme bien huilé et lancent les rouages dans un dérapage incontrôlé. La scène d'ouverture avec sa chasse à courre rituélisée donne le ton : le major choisit de fausser compagnie au groupe et coupant à travers bois, se donne de tout son élan dans l'action, tue le cerf et gagne son pari... avec lui-même - car il avait une idée en tête. Ce que j'ai fini par ressentir, c'est que les faits objectifs ne sont pas réellement le sujet du film. Plutôt qu'une biographie, The lost city of Z étudie l'imaginaire et comment les représentations intérieures poussent les êtres humains.

C'est pour racheter son nom que le major va partir en Amazonie cartographier un fleuve jusqu'à sa source. C'est pour défendre l'image d'une civilisation perdue qu'il y retourne ensuite. Tout ce temps, les dialogues ou ses réflexions dressent devant ses yeux le bonheur conjugal ou le devoir paternel qu'il a laissées derrière, et l'interrogent sur lui-même et ses ambitions, rêves, chimères... La société savante qui l'envoie remet aussi en question ce qu'il a vu, ou cru voir: ces traces d'une civilisation inconnue, un délire d'esprit épuisé? Et quand il est sur place, on se prend à regretter l'absence de téléphone portable ou autre appareil photo pour accréditer les images. Ce qu'il a dans l'esprit a pour le héros autant de réalité que ce qui l'entoure. Et quoi dire sur les arguments qu'il oppose à sa femme qui voudrait l'accompagner en Amazonie? Il faut un entraînement militaire, une forme physique sans faille... Mais il emmène Murray, ventripotent et essoufflé, qui ne pourra pas suivre le rythme de l'expédition.

"Quel sorte d'homme suis-je donc pour abandonner la femme qui m'aime et mes enfants afin de cartographier un fleuve..?" murmure-t-il après avoir échappé aux sagaies et aux piranhas. La sorte d'homme qui s'oublie lui-même et les autres parce qu'il est tout entier tiré ailleurs et plus loin. "A man's reach should exceed his grasp,/Or what's a heaven for?” murmure le major à son fils, une citation de Robert Browning (Andrea Del Sarto). Son épouse vit de même, qui finit par se convaincre de l'encourager dans sa quête. Tout comme nous tous, dont les choix sont souvent dictés par des impératifs qui nous gouvernent et nous échappent. A chacun la charge de la preuve, et pour ce film, dans une humilité et un doute émouvants.

La dernière partie est spécifiquement intéressante, rétrospectivement, puisqu'elle est toute imaginaire, justement : les explorateurs n'étant jamais revenus de la troisième expédition, c'est le réalisateur ou peut-être l'auteur de l'ouvrage-source qui ont tout inventé - un exemple où la fiction dépasse le réel pour transcender la singularité des péripéties en humanité frémissante.

Les acteurs sont excellents, Charlie Hunnam, Sienna Miller notamment, et le film ne se transforme ni en blockbuster, ni en épopée de démence et démesure à la Herzog, restant toujours plutôt poignant, juste, retenu.

Posté par veranne à 23:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

07 avril 2017

Demain , et autres portes à ouvrir

Autour de moi, Demain, le film de Cyril Dion et Mélanie Laurent, a suscité engouement et intérêt, pour ses idées, bien entendu, mais également son énergie et son enthousiasme communicatif. Pas de misérabilisme, pas de hantises à cauchemarder, mais des solutions, des idées, des exemples.

Plusieurs grandes parties, essentiellement : côté agriculture, se ré-approprier la production de la nourriture en local, ou circuit court ; côté énergie, avoir recours à des solutions alternatives aux énergies fossiles: côté économie, se libérer de la globalisation en réintroduisant les circuits commerciaux resserrés sur la région et en se créant des monnaies locales; côté démocratie, développement d'une démarche participative et de la démocratie directe; côté éducation, pédagogie respectueuse des individus et des responsabilités sociétales à véhiculer. 

Un film très frais, généreux et qui donne envie. J'y ai appris par exemple que certains économistes estiment que les banquent créent de l'argent par leur activité de prêt. Il a tout de même fallu que je me renseigne par ailleurs pour comprendre un peu mieux. Voici : on a tendance à dire que si A dépose de l'argent à la banque, et B emprunte la somme pour s'acheter une maison, eh bien l'argent de A passe à B, puis revient à A avec le remboursement de B, moyennant commission pour la banque (qui en tire une partie de ses revenus). Mais en fait dans la vraie vie, il se peut très bien que A décide de dépenser son argent en même temps... Et là, par jeu d'écriture avec les revenus de C et D, par exemple, effectivement la banque aura les liquidités suffisantes pour le lui permettre. Ce qui fait qu'artificellement, la banque permet à cette somme d'argent d'acheter deux fois plus de biens de consommation que si elle restait dans la bourse d'un seul. A vrai dire, je ne sais pas trop ce qu'il faut en déduire, mais ce coup de baguette magique m'impressionne assez..

D'autres aspects du film m'ont moins plu, comme par exemple l'insistance d'organiser la production agricole dans les faubourgs des villes, au lieu de consacrer des hectares saturés de pesticides à de l'agriculture intensive. L'idée paraît simple, mais les sols urbains sont tellement pollués aux métaux lourds que les céréales sont en réalité corrompues. Quant aux militants qui s'y investissent, ce sont des docteurs en biophysique ou autres scientifiques passionnés, pas vraiment des citoyens ordinaires. Le pire pour moi est cependant le retour protectionniste aux espaces clos, monnaie locale et autres circuits d'artisans et producteurs du cru, comme si la communauté proche devenait une valeur refuge. J'ai connu cela enfant - familles en clientèle captive des commerçants du coin, qu'il ne faut surtout pas contrarier sous peine de disette ou autres machines mal dépannées parce qu'on est "mal vu". En plus, ce genre de projet se retrouve dans le programme de certains partis que je ne recommanderais pas... 

Mais bon, food for thought, comme disent les Anglo-saxons, une base de réflexion très stimulante...

 

Posté par veranne à 08:27 - - Commentaires [5] - Permalien [#]