Après l'élection d'Obama au siège de la Présidence des Etats-Unis, l'Amérique a renoué avec sa légende des success stories des XIX et XXème siècles où celui qui entreprend courageusement peut grimper tout en haut de l'échelle du succès et déjouer les préjugés sociaux. On a beaucoup entendu de réactions aigres sur le thème: "ce n'est pas en France qu'un Noir se serait fait élire", l'Amérique devenant un modèle de tolérance et d'égalitarisme.

Personnellement, cette approche m'a laissée perplexe.

Les Français sont-ils jugés plus racistes que des Américains? Quelle que soit la couleur de sa peau, Obama est avant tout un individu brillant. C'est bien pour cela qu'il a convaincu, et non pour sa pigmentation. J'ose imaginer qu'en France, on l'aurait élu aussi.

Ou alors:  les "Noirs" français seraient-ils moins bien lotis que les "Noirs" américains par rapport aux "non-Noirs" de niveau social équivalent?

Comme beaucoup l'ont fait observer, Obama n'était pas descendant d'esclave et donc pas réellement un "African American" au sens où la population l'entend habituellement.The Economist avait même prédit que de ce fait, le vote noir ne se reporterait pas forcément sur lui, même si les statistiques  ont démenti cette analyse depuis.
Entre autres, Obama a sans doute capitalisé deux avantages: la couleur de sa peau pour obtenir le soutien d'une catégorie de la population, et sa formation personnelle aux confluents de plusieurs cultures, qui ne lui a pas greffé de "plafond de verre" dans la tête et l'a protégé de l'auto-censure qui caractérise les catégories de populations historiquement opprimées (comme les femmes, par ex, ou les Indiens d'Amérique etc).

Mais la situation des Noirs aux USA ne paraît pas spécialement rose: pour reprendre un article de The Economist du 4 avril 2009: un homme Noir a une chance sur 3 d'aller en prison une fois dans sa vie. Et si 2% des adultes Américains (en âge de voter) sont privés de leurs droits civiques (suite à un crime), cette proportion passe à 14% pour les Noirs.

Du reste, le nouveau Ministère de la Justice souhaite travailler sur l'inégalité des peines infligées pour traffic de drogue en fonction des couleurs de peau.

Bon, il ne s'agit pas non plus de conclure "Vive la France!"... naturellement.

PS Je ne suis pas très à l'aise d'employer le terme de "Noir", même si, dans The Economist, on lit "Blacks" et "Whites". Disons qu'ici, le sujet étant la discrimination fondée sur la couleur de peau, je fais référence aux catégories d'individus en fonction de ce critère.